L’un des fondateurs de l’internet plaide pour un réseau plus ouvert.

L’un des fondateurs de l’internet plaide pour un réseau plus ouvert

Il fut l’un des pères fondateurs du Net, voilà près de quarante ans. Et l’évolution de sa tentaculaire progéniture conserve toute l’attention de Vinton Cerf, aujourd’hui chez Google. Au début des années septante, avec son équipe de chercheurs, il a jeté les bases de « TCP/IP », le protocole sur lequel repose le fonctionnement de l’internet. L’une de ses missions, aujourd’hui, est de militer et « lobbyer » activement pour la neutralité du Net, qui consiste à garantir un accès égal pour toutes les applications, en évitant que des opérateurs n’abusent de leur position privilégiée de fournisseur d’accès pour favoriser leurs produits ou brider ceux de leurs concurrents. Il répond aux questions du Soir.

S’assurer que l’internet reste une plateforme neutre qu’aucun acteur ne peut confisquer à son profit fait de longue date partie de vos objectifs. Mais vous avez également affirmé, récemment, qu’il n’était pas pertinent de faire de l’internet un droit pour les citoyens…

Ce que l’on perd souvent de vue, c’est qu’une technologie évolue. L’idée qu’avec l’internet, nous pouvons partager toute la connaissance humaine en temps réel est franchement sidérante. Et nous serions une espèce particulièrement stupide pour ne pas en tirer avantage. Il y a cent ans, on avait besoin d’un cheval pour gagner sa vie. On aurait pu alors affirmer que le cheval était un droit de l’homme. Aujourd’hui, on ne voudrait certainement plus que cela en soit un. J’ai plus de deux cents chevaux dans mon garage et je suis content qu’aucun d’eux ne produise plus du crottin ! Mais en même temps, j’ai toujours besoin d’un moyen de transport.

En somme, il est absurde de faire d’une technologie un droit ?

Même si l’accès à l’internet ne peut pas être garanti, car il reste des foyers où l’on ne peut pas le fournir, si on ne permet pas aux gens de l’utiliser là où il est disponible, on leur dénie un droit fondamental, on viole leur liberté d’expression. Faire de l’accès pour tous à l’internet un objectif civique est une excellente chose. Mais c’est tout autre chose que d’en faire un droit de l’homme.

Mais est-il encore utile de se battre pour la neutralité du Net alors qu’un grand nombre de sites, parmi les plus populaires comme Facebook, se sont transformés en jardins aux murs clos. On ne peut consulter la plus grande partie des informations qui s’y trouvent qu’en s’y connectant…

C’est là que l’on peut voir la valeur de l’ouverture dans un réseau. Le métier de Google, c’est d’aider à indexer l’internet ouvert. Si vous devez aller dans chaque jardin clos avant de trouver une information, comment pourriez-vous jamais trouver quoi que ce soit ? Si l’on n’y prend pas garde, tout l’intérêt de partager va s’évaporer. Cette situation est nuisible car elle empêche les utilisateurs de découvrir ce qui les intéresse s’ils ne s’abonnent pas à tous les sites qui fonctionnent comme des jardins clos, ce qui est évidemment économiquement peu attractif.

Pourrait-on imaginer qu’un jour, Facebook soit contraint de faire tomber les murs, sous la pression des utilisateurs ?

J’espère que cela arrivera, qu’il y aura une forme de pression pour l’ouverture de tous les jardins fermés de l’internet, comme a dû le faire un opérateur comme AOL, par le passé. Mais on ne peut pas prédire que l’histoire se répétera.

Les projets de législations sur la propriété intellectuelle et la contrefaçon, tels que Acta, ou Sopa aux Etats-Unis, mettent en danger la neutralité du Net ?

Je ne lie pas directement ces initiatives à la neutralité du net mais à la sécurité. Je crains en effet qu’ils ne minent les investissements que l’on a faits pour assurer la sécurité du Net. La question ici n’est pas le débat au sujet du piratage, mais de savoir comment on aborde ce problème. Nous sommes dans un environnement numérique dans lequel on ne se trouvait pas auparavant. On doit prendre tout cela en compte lorsqu’on se demande comment s’assurer que les créateurs de contenu ont la possibilité de trouver une compensation. Je dois vous rappeler que tous les créateurs de propriété intellectuelle ne le font pas pour l’argent. C’est pour cela que les Creative commons, des licences alternatives au copyright, sont une idée intéressante.

Il faut revoir la législation sur la propriété intellectuelle ?

Il faut réexaminer les modèles économiques pour la compensation de la propriété intellectuelle, avec un spectre d’options permettant aux créateurs de choisir. John Perry Barlow, qui écrivait les textes du groupe Grateful Dead, est convaincu d’un modèle où l’on donne tous ses contenus gratuitement, pour permettre la découverte, et où l’on propose de s’abonner pour les futures productions. Il est temps d’explorer de nouveaux modèles commerciaux qui collent mieux aux désirs et aux attentes des consommateurs. Car au final, ce sont eux qui paient. S’ils refusent de payer parce qu’ils ne se sentent pas à l’aise avec le modèle, ils ne paieront pas. La balle est aussi dans le camp des producteurs.

Victor Ndonnang
Source: http://geeko.lesoir.be/2012/05/19/l%E2%80%99un-des-fondateurs-de-l%E2%80%99internet-plaide-pour-un-reseau-plus-ouvert/

 

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